Nord-Kivu
La destruction des camps de réfugiés à partir de 1996 ouvre une fuite vers l’intérieur du pays. Des réfugiés hutu, mais aussi des civils congolais, sont pris dans les attaques, les poursuites et l’effondrement des protections humanitaires.
Plus de trois décennies de violences en République démocratique du Congo
Depuis mars 1993, des crises politiques, des guerres régionales et des conflits armés ont frappé de nombreux territoires congolais. Ce récit suit leurs principales périodes, les violences infligées aux populations civiles et les conséquences durables pour les familles et les communautés.
Illustration paysagère de mise en contexte — hors fonds d’archives.
1993–1996
Le Rapport Mapping ouvre son inventaire en mars 1993, dans un pays affaibli par l’échec du processus de démocratisation, l’effondrement économique et la dégradation des institutions publiques.
Au Katanga, des populations originaires des Kasaï sont expulsées et déplacées dans un contexte où les rivalités politiques prennent une dimension identitaire. Au Nord-Kivu, les tensions foncières, politiques et communautaires alimentent des violences contre les civils. À Kinshasa, la répression des opposants et la criminalisation des forces de sécurité aggravent l’insécurité.
Après le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, l’arrivée de réfugiés hutu, parmi lesquels se trouvent aussi des membres des anciennes forces armées rwandaises et des milices Interahamwe, transforme la crise humanitaire en crise régionale. Les camps installés dans les Kivu deviennent des espaces de protection pour une population nombreuse, mais aussi des foyers de tension militaire. Cette situation prépare l’embrasement de 1996.
1996–1998 · Première guerre
À partir de juillet 1996, la guerre portée par l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre bouleverse le pays. Le Rapport Mapping rattache à cette période le plus grand nombre d’incidents de la décennie examinée.
La destruction des camps de réfugiés à partir de 1996 ouvre une fuite vers l’intérieur du pays. Des réfugiés hutu, mais aussi des civils congolais, sont pris dans les attaques, les poursuites et l’effondrement des protections humanitaires.
Les attaques contre des civils tutsi et banyamulenge précèdent l’avancée de l’AFDL. La guerre gagne ensuite Bukavu, Uvira et les territoires voisins, où différentes populations civiles subissent meurtres, violences sexuelles, pillages et déplacements.
La poursuite des réfugiés et des groupes armés traverse les forêts, les axes fluviaux et les zones minières. Les populations rencontrées sur ces routes deviennent elles aussi victimes de massacres, de pillages et de destructions.
La première guerre ne reste pas confinée aux frontières orientales. Le Rapport Mapping relève des violations dans toutes les provinces, au fil de l’avancée militaire, du repli des forces zaïroises et de la dispersion des réfugiés.
1998–2009
La chute du régime Mobutu ne met pas fin aux violences. Une nouvelle guerre commence le 2 août 1998, fragmente le territoire et implique plusieurs armées nationales et de nombreux groupes armés.
1998–2003 · Deuxième guerre et transition
Le Rassemblement congolais pour la démocratie prend le contrôle d’une partie des Kivu et de la Province Orientale, tandis que d’autres forces occupent ou soutiennent différentes zones du pays. Les combats associent des armées étrangères, les forces gouvernementales et de multiples groupes armés. Dans ce contexte, les civils subissent des attaques au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, en Ituri, au Maniema, au Katanga, dans les Kasaï, en Équateur et jusque dans la capitale.
Les accords de Lusaka en 1999, de Pretoria et de Luanda en 2002 ouvrent la voie au retrait de plusieurs forces étrangères et à la transition politique. Pourtant, les violences continuent. En Ituri, les affrontements entre milices atteignent une intensité extrême ; dans les Kivu et le nord du Katanga, les combats, les représailles et les pillages se poursuivent jusqu’à l’installation des institutions de transition en juin 2003.
Violences contre les populations
Les crimes recensés ne se limitent pas aux morts provoquées par les combats. Des civils sont exécutés, torturés, enlevés ou détenus arbitrairement. Le viol et d’autres formes de violence sexuelle sont employés à grande échelle, atteignant les personnes dans leur corps, leurs liens familiaux et leur place au sein de la communauté.
Les enfants sont tués, séparés de leurs proches, privés de soins et d’école, ou recrutés par les forces et groupes armés. Les déplacements forcés exposent les familles à la faim, aux maladies et à de nouvelles violences. Les incendies, les pillages et la destruction des habitations, des écoles, des centres de santé et des lieux de culte prolongent les effets de la guerre bien après le passage des combattants.
2006–2009 · CNDP
La transition de 2003 ne referme pas la séquence des conflits. Entre 2006 et 2009, le Congrès national pour la défense du peuple occupe une place centrale dans les affrontements du Nord-Kivu. L’Argumentaire retient notamment les attaques de Kiwandja en novembre 2008 et de Shalio en avril 2009, où des civils, parmi lesquels des femmes et des enfants, sont tués.
Ces violences montrent la persistance de structures armées, de logiques de contrôle territorial et d’accusations collectives portées contre des populations supposées soutenir l’adversaire. Elles provoquent de nouveaux déplacements et renforcent la peur dans des communautés déjà marquées par les guerres précédentes.
Ressources et économie de guerre
Le Rapport Mapping décrit l’exploitation des ressources naturelles comme l’un des moteurs de plusieurs conflits et comme une source de financement pour des forces armées et des groupes armés. Mines, routes commerciales, postes frontaliers et zones de production deviennent alors des enjeux de contrôle militaire et politique.
Cette économie de guerre ne se limite pas à l’extraction. Elle s’accompagne de taxation illégale, de travail forcé, de pillages, de déplacements et de violences contre les communautés installées autour des sites convoités. Le terme « Genocost », développé dans l’argumentaire institutionnel du FONAREV, met précisément en relation le coût humain de ces violences et les intérêts économiques qui les entretiennent. Il ne remplace pas les qualifications prévues par le droit international, qui relèvent des juridictions compétentes.
Issu d’une mutinerie au sein des forces armées, le M23 s’impose dans une partie du Nord-Kivu et prend Goma en novembre 2012. Les combats, les attaques contre les civils et les déplacements rappellent que la transition politique de 2003 n’a pas mis fin aux cycles de violence dans l’est du pays.
La défaite du mouvement en 2013 ne règle ni les tensions régionales, ni les conflits fonciers, ni l’activité d’autres groupes armés. Les populations continuent de vivre avec les déplacements, la perte de moyens de subsistance et l’insécurité qui fragilisent durablement les territoires.
Depuis novembre 2021
La nouvelle offensive du M23, puis la constitution de l’AFC/M23, étendent de nouveau les combats au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. L’argumentaire du FONAREV inscrit cette séquence dans la continuité des conflits régionaux, des déplacements massifs et des atteintes commises contre les populations civiles.
À partir de 2021, les affrontements gagnent plusieurs territoires de l’est. Les prises de localités, les ruptures d’axes et les mouvements de population exposent encore les civils à la violence, à la faim et à la perte de leurs foyers.
Les alliances, les soutiens extérieurs allégués et la circulation des groupes armés montrent que l’histoire congolaise ne peut être séparée des rapports de force régionaux. Les qualifications et responsabilités doivent être établies par des enquêtes indépendantes et des juridictions compétentes.
La reconnaissance des victimes exige de documenter les violations, de préserver les preuves et de lutter contre l’impunité. Vérité, justice, réparation et garanties de non-répétition forment un même engagement public.
Les rapports établissent des périodes, des lieux et des faits. Les témoignages rendus publics avec le consentement de leurs auteurs permettent aussi de comprendre ce que la guerre détruit dans une vie, une famille et une communauté, sans réduire les personnes à la violence subie.
Explorer les témoignagesMémoire, réparation et transmission
Rendre visibles les faits, les lieux et les parcours des victimes est une première réponse au silence. La mémoire ne se substitue ni à l’enquête ni à la justice : elle conserve les traces, soutient la reconnaissance et permet aux générations suivantes de comprendre ce qui a rendu les violences possibles.